Cazeneuve tacle Macron et son manque de justice sociale

Bernard Cazeneuve, l’ex-Premier ministre, se montre critique envers la politique d’Emmanuel Macron. En particulier sur la réforme de l’ISF
Bernard Cazeneuve est toujours aussi calme. Il n’élève pas la voix. Pèse chacun de ses mots. Ce qui ne l’empêche pas de se montrer critique. En particulier envers Emmanuel Macron. Invité ce lundi matin, sur France inter, l’ex-Premier ministre n’a pas été tendre avec le chef de l’Etat. Alors qu’il vient de publier chez Stock, "Chaque jour compte. 150 jours sous tension à Matignon, le récit de ses derniers mois au côté de François Hollande, il a trouvé l’actuel locataire de l’Elysée "prévisible" et "tel qu’en lui-même".
Pas assez de "justice"
Et plus encore dans la réforme controversée de l’impôt de solidarité sur la fortune : "Lorsque l’on décide, alors qu’on a expliqué il y a trois mois de cela à peine que la situation des finances publiques était épouvantable, de mettre en place 4,5 milliards d’allègement d’impôt sur les plus riches des contribuables français, 3,5 au titre de l’ISF et 1,5 au titre de ce qu’on appelle la flat tax, et que dans le même temps on fait plus de 3 milliards, 3,5 milliards d’augmentation de la CSG sur les retraités les plus modestes, est-ce juste ?", a-t-il pointé du doigt.
Il poursuit : "Lorsqu’on crée les conditions, par ces mesures fiscales, pour qu’une personne qui a un patrimoine de 400 millions d’euros voit son impôt réduit de 6 millions par an, alors que dans le même temps un couple de retraités qui est à un peu plus de 2 000 euros verra sa CSG augmenter de 600 euros, est-ce juste ?"
Critique la majorité
Il partage cependant un point commun avec Emmanuel Macron comme il l’a précisé : "on ne peut pas être dans une société où l’envie, la jalousie, le refus de la réussite rongent la société de l’intérieur".
Mais rappelle-t-il :
"Je ne souhaite pas qu’on ait le sentiment que dans ce pays, l’injustice gagne".
Sinon, prévient-il : "réforme voudra dire recul" et "à ce moment là, les réformes seront plus difficiles".
Il a également éreinté cette nouvelle majorité qui, selon lui donne "parfois le sentiment que tout a commencé avec elle. Y compris la politique." Or, ajoute-t-il : "C’est un peu plus compliqué que cela. Il m’arrive parfois de constater chez ceux qui incarnent le nouveau monde qu’ils ont quelques habitudes et parfois parmi les plus mauvaises de l’ancien."
La politique menée est-elle de droite ou de gauche ?
Elle n’est pas à gauche, c’est certain. Elle est même à droite, je le regrette, car je sais aussi que si le sentiment de l’injustice gagne, les réformes seront compromises. Lorsque les Français entendront « réforme », ils comprendront « recul ».
Or le pays a besoin de réformes et ce risque ne peut pas être pris, sauf à accroître les tensions au sein de la société et à nourrir l’extrémisme. Face à ces enjeux, la démocratie sociale doit gagner en force, et la gauche en crédibilité.
Car la gauche à laquelle j’adhère et qui porte en elle l’exigence éthique de Pierre Mendès France est celle de l’espérance, des indignations justes. Elle n’est pas celle de toutes les colères ni des outrances verbales qui sont comme autant d’impasses et de renoncements à une conception exigeante de la politique.