Hommage à Raymond Aubrac - Meeting de Carmaux

Hollande compare l'élection de 2012 à celle de 1981

Le Monde.fr | 17.04.2012 à 09h15 Mis à jour le 17.04.2012 à 11h24 Par Thomas Wieder

Le matin, il était aux Invalides, pour les obsèques de Raymond Aubrac, né le 31 juillet 1914. Le soir, il tenait un meeting à Carmaux, au pied de la statue de Jean Jaurès, assassiné ce même 31 juillet 1914. François Hollande, lundi 16 avril, faisait campagne avec l'histoire dans le rétroviseur. Avec pour modèle, au-delà du résistant Aubrac et du socialiste Jaurès, un troisième homme : François Mitterrand. M. Hollande s'est exclamé: ""Et bien maintenant, c'est notre tour de gouverner et de diriger la France, de nous inspirer de ces grandes figures, de ces expériences, de cette histoire qui nous élève!"
Le candidat socialiste d'aujourd'hui en est convaincu depuis des mois, et il l'a encore répété à des journalistes lors d'une discussion à bâtons rompus à l'arrière d'un autocar en réparation dans une usine d'Albi : la campagne de 2012 ressemble à maints égards à celle de 1981, avec "un candidat sortant jugé sur son propre bilan et jouant avec les peurs", à commencer par celle des socialistes, dont l'arrivée au pouvoir serait une catastrophe pour la France. "Aujourd'hui, ils nous disent qu'avec nous la France serait l'Espagne. A l'époque ils nous disaient qu'elle serait la Pologne de l'Occident. Ils nous font toujours le même coup", s'amuse François Hollande.

LES MâNES DE JAURèS
Si 2012 fait autant penser à 1981, c'est aussi parce que le candidat socialiste d'aujourd'hui, comme celui de l'époque, trouve à sa gauche un concurrent puissant. Là encore, l'histoire se télescope : à Carmaux, le 9 novembre 1980, au lendemain de sa déclaration de candidature, François Mitterrand avait convoqué les mânes de Jaurès pour détourner ses "frères égarés et trompés" par le discours de Georges Marchais.
Au même endroit, trente et un an plus tard et devant 2000 personnes transies par un vent glacial, François Hollande est venu dire la même chose aux électeurs séduits par Jean-Luc Mélenchon : "Ceux qui veulent l'alternance doivent voter pour l'alternance dès le premier tour".

A Lille, ce mardi, à Bordeaux, jeudi, dans les Ardennes et en Haute-Marne, vendredi, partout François Hollande tiendra le même message d'ici au premier tour : "La seule chance de la droite, c'est la division de la gauche." Et, s'il relativise par avance l'importance de son ordre d'arrivée au soir du 22 avril ("En 74, Mitterrand était premier, il a perdu ; en 81, il était deuxième, il a gagné"), il ne pense en réalité qu'au score qu'il fera ce soir-là. Un score qui dépendra de sa capacité à séduire les électeurs tentés par "l'abstention de rupture" ou le "vote de colère". Des électeurs dont le raisonnement consistant à dire "nous voterons pour vous mais seulement au second tour" lui fait penser, comme il l'a confié à quelques journalistes, à "ces gens qui ont leur quant à soi et qui vous disent : non, pas tout de suite, pas le premier soir." Il lui reste cinq jours pour relever le défi.