Baisse des APL : qui est responsable ?

Matignon et le ministère de la Cohésion des territoires, en charge notamment du Logement, ont annoncé samedi que toutes les aides au logement allaient baisser de 5 euros par mois et par foyer à partir d’octobre, assurant qu’il s’agissait de « l’application d’une réforme d’économie budgétaire décidée sous le quinquennat précédent ».
C’est une mesure qui découlerait du fait que le précédent gouvernement avait prévu dans le projet de loi de finances (PLF) 2017 une baisse du montant de ces aides de 140 M€ dans le budget.
Mais Christian Eckert est formel :
« Nous ne l’avons jamais envisagée. Jamais. Je suis formel. Elle ne nous semblait pas juste ».
Son ancienne collègue au Logement, l’écologiste Emmanuelle Cosse a accusé sur France Info le nouveau gouvernement « de dire n’importe quoi ». Et de dénoncer le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin, qui,
« N’assumant pas cette mesure de rigueur très dure et qui va faire très mal dans les publics défavorisés, explique que c’est l’application d’une réforme que nous aurions mise en place, ce qui est faux ».

L’actuel ministre de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard, assure en revanche au « Parisien » que « c’est une mesure qui découle du fait que le projet de loi de finances 2017 avait été sous-doté, car le précédent gouvernement avait prévu, sans l’annoncer, une baisse du montant de ces aides de 140 millions d’euros ».
Y a-t ’il un trou budgétaire ?
Ces histoires de trous budgétaires commencent à bien faire. L’année n’est pas terminée. Comment le nouveau gouvernement peut savoir, en juin, qu’il va manquer 140 M€ à la fin de l’année sur un budget de 18 Mds€ ? Une loi de finances, ce sont des prévisions de dépenses et de recettes qui s’ajustent toujours en cours d’année, jusqu’en décembre. Et s’il fallait ajuster en 2017, il est possible d’annuler des crédits ailleurs. Le précédent gouvernement avait prévu une réserve inédite de précaution de 13 Mds€.

La fondation Abbé Pierre monte au créneau
Les organisations étudiantes Fage et Unef ont été les premières à dénoncer cette décision, évoquant une aide « vitale » alors qu’un étudiant sur quatre est sous le seuil de pauvreté et que plus de 100.000 travaillent à mi-temps pour financer leurs études. Dimanche, le délégué général de la Fondation Abbé Pierre, Christophe Robert, a demandé être reçu par le gouvernement après cette annonce qui va pénaliser « les plus pauvres ».
« Avec les minima sociaux, l’aide au logement est celle qui lutte le plus contre l’exclusion et la pauvreté dans notre pays », a-t-il plaidé.

Les aides au logement bénéficient à 6,5 millions de ménages français pour un montant moyen de 225 euros par mois. Versées par la Caisse d’allocation familiale (CAF), elles se décomposent en trois catégories : aide personnalisée au logement (APL), qui profite notamment à environ 800.000 étudiants, allocation de logement familial (ALF), et allocation de logement social (ALS).
Ces aides posent-elles néanmoins des problèmes ? Oui, les aides au logement ont un effet pervers : elles se retrouvent souvent dans la poche des propriétaires. Elles sont inflationnistes, elles font augmenter les loyers.